Archive mensuelle de août 2014

Groupe Scolaire du Rouet

*à propos de la proposition de Chiche et Dussol Architectes feat Raphaëlle Segond Architecte.

On ne parle jamais d’architecture. On croit en parler, mais on se trompe. On ne parle que de parti pris, de structure, de matière,  de lumière, d’émotion, parfois même d’amour… En réalité, on parle surtout des gens. Que verraient-ils ? Que souhaiteraient-ils ? Qu’aimeraient-ils ? 

C’est toutes ces questions qui flirtent avec l’imaginaire de l’architecte.

Je suis une petite fille qui vient à l’école pour la première fois ; je suis un plus grand garçon qui va bientôt la quitter. Je suis une mère, un père qui accompagne mon enfant ; je suis une maîtresse ou une cantinière qui travaille. Je suis le gardien qui vit sur place ou j’habite dans un immeuble juste en face. Je passe dans cette rue tous les matins, … 

À l’image de toutes ces situations, le projet a plusieurs lectures. 

Je vois un jardin, une respiration au cœur de la ville, un projet qui joue avec l’histoire par des jeux de volumes et de matières, les mêmes qui dessinent de nouvelles façades, soit de nouvelles rues, donc un nouveau paysage pour la ville. Je vois un geste simple et léger qui vient s’adapter à la topographie pour ne pas blesser le site. Je vois une petite tour, un signal, une entrée, une transition entre les nouveaux immeubles hauts et imposants et les petit bâtis qui résistent toujours à l’envahisseur. Je vois une succession d’évènements, d’opportunités, de surprises et de rencontres. Je vois un jardin, puis un autre. Je vois des poupées russes, mise en abyme d’une ville dans la ville.  De l’extérieur, je pressens un projet mystérieux, qui se dévoile, s’esquisse et se devine ; de l’intérieur je le ressens. 

Je vois une école. 

http://www.chiche-dussol.com/index.php/projets/groupe-scolaire-du-rouet/

Pensée numéro 3

« Ce qui distingue d’emblée le pire architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche » K.Marx

Montrer son berlingot

Il ne faut pas avoir peur de ses idées. L’enjeu reste de les maîtriser. Des idées, trop d’idées. Il s’agit d’apprendre à les conceptualiser, les essouffler, puis les présenter. J’ai eu l’occasion de m’exprimer, j’ai montré mon berlingot.

Vous ne connaissez pas l’expression? C’est bien normal, je l’ai malencontreusement inventée. Pourtant, plus le temps passe, plus elle prend de sens.

Un matin, comme tous les matins à l’agence, arrive le jeu des 1000 euros sur France inter, présenté par le dynamique Nicolas Stoufflet. Perdu dans je ne sais quelle campagne cette fois-là, il interroge ses invités: « Expression comprenant le nom d’une gourmandise et signifiant montrer son pouvoir à un tiers ». Ni une ni deux, je ne sais quelle envolée de confiance me prit (j’avais jusqu’alors l’habitude de marmonner ces hypothèses dans mon écharpe) mais un puissant et affirmé -prétentieux aussi- « MONTRER SON BERLINGOT » s’échappe de ma pauvre bouche, encore toute émue par cette énergie improbable. C’est bien le mot. Tous les regards se tournent vers moi. Suivi de l’inévitable fou rire. Je n’avais pas besoin d’entendre la véritable réponse pour réaliser à quel point je venais de m’enterrer vivante. J’avais tendu le bâton, la perche, tout l’arsenal pour me faire battre. Montrer son berlingot, pfff, lächerlich!

J’ai cherché un sens à tout cela. Je n’ai rien trouvé. Il a fallu le créer. Depuis, montrer son berlingot c’est assumer, oser. J’ai même fini par le montrer. Ce qui nous distingue de l’abeille  la plus experte ce n’est pas uniquement le concept mais tout le travail d’introspection et de transcription. Une bonne idée doit s’exprimer correctement, sinon elle ne l’est pas, ou si peu. 

Réinventons donc le champ lexical architectural. On a déjà la charrette, le total look black, le cigarillo et ses amis ‘atypique’ et ‘saugrenu’. Désormais, il faut aussi compter sur le berlingot.

*la réponse qu’attendait monsieur Stoufflet était Tenir la dragée haute. Mais bon.

Pensée numéro 2

Lancelot ou le Chevalier de la Charrette

Quand on choisit ce métier on choisit une vie. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, dirait Benjamin Parker ; en architecture cela s’appelle la charrette!

Être charrette est une expression consacrée, propre à l’architecture. Avant, j’aurai juré au sectarisme, proclamant que tout un chacun a le droit de se déclarer charrette, qu’importe les circonstances et qu’importe son domaine d’épanouissement. Mais ça c’était avant.

Et encore, étudiante prétentieuse que je suis, je pensais en connaître le sens par la banale expérience de nuits blanches à la chaîne aboutissant au médiocre exposé de « gaufres mal cuites ». Ceci n’est pas une charrette. La charrette, la vraie, est chevaleresque.

« Ils allèrent cheminant sur la route la plus directe jusqu’à la chute du jour, et ils arrivèrent au Pont de l’Épée vers le soir, passé la neuvième heure. À l’entrée de ce pont, qui était si terrible, ils descendirent de leur cheval et regardèrent l’eau traitresse, noire, bruyante, rapide et chargée, si laide et épouvantable que l’on aurait dit le fleuve du diable; elle était si périlleuse et profonde que toute créature de ce monde, si elle y était tombée, aurait été aussi perdue que dans la mer salée. » Chrétien de Troyes

La charette sublime le projet. « Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Il ne s’agit pas seulement de dormir peu et travailler beaucoup. Il faut être prêt à tout recommencer jusqu’au bout. Il faut pouvoir décider d’un changement de cap dans les dernières courses de la trotteuse et prendre le chant du coq comme un encouragement plutôt qu’une fatalité. L’univers proposé par Chrétien de Troyes supporte assez facilement l’association architecturale. Intriguant, effrayant, envoûtant aussi. Ce que j’essaie d’exprimer c’est surtout la sensation épique que procure un rendu. Sans me prétendre experte, je n’en ai pas encore assez goûté, je puis seulement évoquer cette sensation de gouffre, de tunnel sans fin, puis l’aveuglante liberté quand on sait le projet restitué. Et l’envie de se remettre en selle à la conquête de nouvelles aventures. Forts de nos combats, on persévère, tandis que les chantres élogent sur nos prouesses. Cela dure un temps. La charrette est fatigante mais elle est aussi le signe d’espoir. On donne tout, on redonnera autant jusqu’à ce qu’elle ait raison de nous. Et je me sens comme Richard Gere, en génuflexions sous l’épée de Sean Connery (First Knight) , qui ne lui propose pas une vie de privilèges mais de servitudes, et pourtant je signe.

Pensée numéro 1

J’ouvre mon petit robert -qui n’est pas si petit*- Et voilà que je pars découvrir ce qu’il a de beau à raconter à propos de l’architecture…

architecture : n.f; du latin architectura, l’art de construire les édifices (etc).

Soit. Il semblerait que les compères « ardent » et « archiptères » aient le droit à plus d’imagination. Sans crier au mensonge, j’ai pourtant tendance à penser que l’architecture est avant toute chose l’art de croire en un édifice. Comme une machine à rêver où nos pensées deviennent des mots, une histoire qui deviendra une image avant d’être ce que le dictionnaire veut bien qu’elle soit.  Peut être alors, qu’avant de se construire, elle doit s’écrire…

Ainsi soit-il! Je déposerai donc mes pensées sur ce blog dont le terrible avantage est qu’il m’autorise à pratiquer le Je. “Je” pense, “je” ressent, “je” croit beaucoup de choses et “je” se trompe souvent. Alors, je vous prie de bien vouloir lui pardonner.

* pour les curieux : édition de 1979




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