Pensée numéro 2

Lancelot ou le Chevalier de la Charrette

Quand on choisit ce métier on choisit une vie. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, dirait Benjamin Parker ; en architecture cela s’appelle la charrette!

Être charrette est une expression consacrée, propre à l’architecture. Avant, j’aurai juré au sectarisme, proclamant que tout un chacun a le droit de se déclarer charrette, qu’importe les circonstances et qu’importe son domaine d’épanouissement. Mais ça c’était avant.

Et encore, étudiante prétentieuse que je suis, je pensais en connaître le sens par la banale expérience de nuits blanches à la chaîne aboutissant au médiocre exposé de « gaufres mal cuites ». Ceci n’est pas une charrette. La charrette, la vraie, est chevaleresque.

« Ils allèrent cheminant sur la route la plus directe jusqu’à la chute du jour, et ils arrivèrent au Pont de l’Épée vers le soir, passé la neuvième heure. À l’entrée de ce pont, qui était si terrible, ils descendirent de leur cheval et regardèrent l’eau traitresse, noire, bruyante, rapide et chargée, si laide et épouvantable que l’on aurait dit le fleuve du diable; elle était si périlleuse et profonde que toute créature de ce monde, si elle y était tombée, aurait été aussi perdue que dans la mer salée. » Chrétien de Troyes

La charette sublime le projet. « Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Il ne s’agit pas seulement de dormir peu et travailler beaucoup. Il faut être prêt à tout recommencer jusqu’au bout. Il faut pouvoir décider d’un changement de cap dans les dernières courses de la trotteuse et prendre le chant du coq comme un encouragement plutôt qu’une fatalité. L’univers proposé par Chrétien de Troyes supporte assez facilement l’association architecturale. Intriguant, effrayant, envoûtant aussi. Ce que j’essaie d’exprimer c’est surtout la sensation épique que procure un rendu. Sans me prétendre experte, je n’en ai pas encore assez goûté, je puis seulement évoquer cette sensation de gouffre, de tunnel sans fin, puis l’aveuglante liberté quand on sait le projet restitué. Et l’envie de se remettre en selle à la conquête de nouvelles aventures. Forts de nos combats, on persévère, tandis que les chantres élogent sur nos prouesses. Cela dure un temps. La charrette est fatigante mais elle est aussi le signe d’espoir. On donne tout, on redonnera autant jusqu’à ce qu’elle ait raison de nous. Et je me sens comme Richard Gere, en génuflexions sous l’épée de Sean Connery (First Knight) , qui ne lui propose pas une vie de privilèges mais de servitudes, et pourtant je signe.

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